Développement débridé de l’aéroport, qu’en pense la population ?

Le nombre de passagers à l’aéroport de Genève a doublé ces dix dernières années, dépassant désormais 15 millions. En parallèle, les nuisances ont explosé, en particulier le bruit (notamment nocturne) et la pollution de l’air locale, ainsi que les émissions de CO2, responsables du réchauffement climatique, dont 23% sont dues au trafic aérien à Genève. Ainsi, tous les efforts effectués ces dix dernières années (mobilité durable, isolation des bâtiments…) ont été annulés par le développement du trafic aérien, qui a fait croître les émissions qui lui sont liées de plus de 60%. Dans le bilan carbone de la population genevoise, il pèse aussi lourd que le chauffage des bâtiments.

Malheureusement, la tendance ne va pas s’inverser, bien au contraire. Les autorités prévoient 25 millions de passagers en 2030. Pour les accueillir, il faudra 650 vols par jour, ce qui représente un avion qui décolle ou atterrit toutes les 90 secondes, 18h/24.

Si l’aéroport est important pour le canton de Genève, en termes d’emplois et d’activité économique, son développement doit être concerté et maîtrisé pour ne pas sacrifier la population et pour prendre en compte l’environnement. Cela représente en outre un coût pour la collectivité, que les autorités passent sous silence. Pourtant, ce sont nos impôts qui prennent en charge ses conséquences sur la mobilité, la santé, la pollution de l’air, le réchauffement climatique, l’aménagement du territoire et les finances publiques via son régime fiscal spécial.

 

Un impact global sur la population

L’aéroport de Genève est urbain, proche de quantité d’habitations et de lieux de travail. La population est directement touchée par son développement, le bruit et la pollution occasionnant des maux sur plan physique et psychique. L’augmentation du bruit réduit également les surfaces constructibles, dans un contexte de crise du logement. Enfin, acheminer 25 millions de passagers à l’aéroport bouleverse la mobilité et risque d'entraîner de nombreux bouchons si les liaisons en transports publics ne suivent pas.

 

Une initiative populaire pour donner le dernier mot à la population

Les décisions relatives à l’avenir de l’aéroport se prennent dans une tour d’ivoire, entre Berne et Genève. La voix des premiers concernés, les communes et la population de la région, n’est pas entendue.

C’est pourquoi des associations de protection de l’environnement, dont l’ATE, et de riverains se sont réunies au sein de la Coordination régionale pour un aéroport de Genève urbain, respectueux de la population et de l’environnement (CARPE) afin de lancer une initiative populaire. Objectif ? Reprendre la main sur l’avenir de l’aéroport et, partant, de la région. Elle vise à maîtriser son développement en prenant en compte autant la population que les besoins économiques et l’environnement, à rappeler le caractère public de l’établissement, au même titre que les Services industriels ou les Transports publics, et à assurer une consultation des personnes concernées.

L'initiative a été déposée le 15 décembre 2016 avec 14'450 signatures ! Le vote devrait avoir lieu en 2018. Plus d'informations sur le site de la CARPE, www.carpe.ch
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Consultation sur le PSIA

En janvier 2018, l'ATE Genève a participé à la consultation sur le Plan sectoriel de l'infrastructure aéronautique (PSIA) pour l'aéroport de Genève. Le PSIA est l’instrument de planification et de coordination de la Confédération pour l’aviation civile. Il fixe de manière contraignante pour les autorités les objectifs et exigences relatifs à l’infrastructure de l’aviation civile suisse.

L'ATE a participé à la consultation. Vous pouvez trouver sa prise de position ici.

 

L’ATE déplore l’orientation fixée pour l’aéroport de Genève qui vise une croissance conséquente des mouvements, accentuant les externalités négatives de ce dernier sans prendre en compte les intérêts des riverains et de la population genevoise en générale. L’ATE regrette en particulier que l’objectif général ne soit pas plus contraignant pour l’aéroport de Genève et le trafic aérien. La stratégie de développement retenue par la Confédération, dictée en priorité par les demandes des compagnies aériennes, s’est portée sur une croissance du trafic aérien quasi sans limite. Ce choix se fait au détriment de l’environnement, de l’économie sur la longue durée, de la santé et du bien-être des habitants, et ce malgré un cadre légal qui exige que l’Etat régalien protège les citoyens (arts 74 de la Cst, art. 11 LPE, art. 157 Cst-GE).